Gus's profileKavernaguSPhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    8/31/2008

    Pétage de plombs socio-littéraire

    Le texte que vous allez lire (ou pas) est extrait d'une correspondance avec une mienne amie. Il fut écrit d'une seule traite aux alentours de cinq heures du matin, ce qui est son intérêt principal.

    Il résume, de manière volontairement incomplète, fragmentaire, quelques pensées et idées à propos de notre monde. Mes respects à ceux qui arriveront à lire ce truc indigeste, prétentieux (pas toujours de manière maîtrisée) voire parfois complètement creux et parodique.

    Au fait, je vois bien que tout le monde se tape complètement de ce blogoïde et de ses articles (notamment ceux dans ce style), mais que voulez-vous, il faut bien s'exprimer, fût-ce à hurler au fin fond des entrailles de la Terre. Face au vide, vertige ou volontarisme sont deux alternatives difficilement contournables.

    -------------------------

    Accepterons nous encore longtemps l'inanité du quotidien, qui nous ronge imperceptiblement, avec la bénédiction de nos geignements auto-destructeurs ? Putain je devrais écrire des bouquins pour mettre des phrases comme ça. Extrait :

    "Est-il humainement concevable de fonder une morale qui ne soit pas entièrement basée sur notre recherche instinctive de la meilleure situation possible pour soi, et soi uniquement ? À l'inverse, qu'est-ce qui différencie ontologiquement un humain porteur d'une morale entièrement égocentrée d'un animal ?"

    "L'immensité des pays et la surpuissance financière des fonds de pension, voire dans vingt ans des "fonds souverains", ne doivent pas faire oublier la totale impossibilité dans laquelle les gouvernements, et à travers eux les peuples, sont de réformer et faire évoluer le régime. En effet, la mécanique infernale de la finance, déconnectée de la réalité, s'est accélérée au-delà de toute mesure lorsqu'il est devenu plus rentable d'épargner (donc de spéculer) que d'investir réellement. Cela se traduit actuellement, par exemple, par l'apport négatif des investisseurs sur le marché américain : les investisseurs réclament plus de dividendes qu'il n'apportent d'argent frais, ce qui à terme pénalise les entreprises. De crise en crise, les riches gagnent en pouvoir à la faveur de la chute de certains d'entre eux, alors que les couches populaires traversent une phase sans précédent, où elles ne peuvent s'unir (faute d'espoir, de conscience, de leader, et surtout laminées par les secousses financières) et amortissent entièrement les chocs de plus en plus rudes dûs à la spéculation. Dans une société en occidentalisation accélérée, l'accession au pouvoir des oligarques n'a jamais été aussi facile, entérinant de facto la division des peuples et la lutte sans merci des nations. C'est cette même lutte, concurrence impitoyable, qui empêche l'évolution constructive des conditions de vie non matérielles (bien-être, temps de transmission du savoir informel, dialogue inter-générationnel...), et entraîne les pays dans un cercle vicieux d'unions régionales qui rendent la division mondiale plus criante encore..."

    "L'avalanche de nouvelles technologies et d'applications s'ensuivant dans le domaine biologique ne doit pas faire perdre de vue deux choses ; la première est que nous ne savons rien, la seconde que ce savoir est très mal partagé, diffusé, formalisé et interconnecté aux sciences voisines. En effet, le fonctionnement d'un être vivant, d'une cellule ou d'un écosystème nous échappe en partie, voire totalement lorsqu'on entre dans les détails. Le biologiste doit avoir une vue intégrée de sa discipline, il doit être tour à tour physicien, chimiste, mathématicien, philosophe, environnementaliste, évolutionniste, et enfin thermodynamicien. L'enfermement dans des fragments trop dispersés de savoir, souvent mal maîtrisés, conduit à des vues étroites ne permettant pas le développement d'une science moderne, car ne répondant pas aux besoins de rigueur de cette dernière."

    "L'émergence d'une nouvelle catégorie d'adolescents n'inquiète encore personne. Dans quels journaux le phénomène des "geeks" a-t-il été couvert autrement que par un encart, un fait-divers, ou un dossier "comment torcher mon gamin lorsqu'il est sur sa GameCube" ?
    Evidemment, on entend parler de ceux qui traversent des situations extrêmes : échec scolaire, repli sur soi, voire dans certains cas la mort par inanition. Mais jamais, au grand jamais, un mot sur tous les jeunes qui passent des heures à se regarder perdre leur temps sur des logiciels de conversation instantanée, à vivre par procuration en s'abreuvant des heures durant de vidéos distribuées à la pelle, montrant en exemple les gens dont ils rêvent d'avoir la vie, ainsi que ceux dont on peut se moquer pour flatter son ego.
    Jamais, on n'entend parler de cette génération montante, qui ne connaît rien d'autre qu'un pseudo-savoir mal assimilé sur wikipédia, la conversation futile et bourrée de faute sur MSN, et les vidéos les plus vues de YouTube et autres Dailymotion.

    Qui saura leur parler, les écouter, les aider à se sortir de cette situation confortablement molle, où faute de vivre on ne souffre pas ? Qui leur fera découvrir les livres, les activités en groupe se passant d'interface électronique, le sport, les promenades, les baisers bien réels et les déclarations d'amour dépassant le "jtm tro lol" clavoté à la va-vite sur un écran de portable haute technologie ?"

    "L'inexistence de Dieu est un fait avéré. Qu'un être transcendant soit envisagé par des hommes est si paradoxal que l'on ose à peine pousser la réflexion plus loin. Grave erreur ! Admettons qu'un Dieu existe. Est-ce que cela change notre morale ? Notre façon de vivre ? Nos objectif terrestres ? En aucune façon. Le croyant est en ceci improductif qu'il passe son temps à se reposer sur quelqu'un d'inexistant, à lui chanter louange, à lutter contre ses doutes, à aménager des systèmes théologiques confinant nécessairement à l'absurde, puisqu'humains. Le croyant est en ceci productif (au sens de richesse humaine et de progrès social) en ce qu'il dispose d'un support indéfectible auquel se raccrocher toujours, dispense de l'amour auprès de son prochain.
    Dieu n'est pas nécessaire, mais son absence retourne cruellement le couteau dans la plaie ouverte qu'est l'inachèvement ontologique de l'humanité."

    "L'angoisse de nos contemporains face au futur n'a jamais été aussi grande. Malgré ce phénomène, surtout vrai dans les foyers occidentaux ou ex-soviétiques où les statistiques de natalité demeurent moroses, il demeure des raisons d'espérer. Nous ne les détaillerons pas toutes ici : elles sont en vous."

    BORDEL DE PUTAIN DE CHIOTTES À CUL

    ça fait du bien.
    Voilà... matière à réfléchir un peu. Le style est évidemment informe, pédant et rejoint vaguement l'idée que les culs-pincés de la presse sarkozyste se font du mot "hype", dans la mesure où il est compatible avec les standards académiques de l'expression coincée du XXIe siècle, pardon je voulais taper XIX mais ma pute de clavier m'a trahi, à moins que ce ne soit mes doigts, ou tout simplement le projet de société actuel ? [Vous noterez] par exemple l'utilisation double du mot "ontologique". On se la pète ou on ne se la pète pas. D'ailleurs, le mot "transcendant" comporte une part d'aléatoire dans son occurrence. Bien évidemment, tout est écrit d'un seul jet, mais les idées ont macéré longtemps dans ma tête à l'état inconscient.

    Enfin cela ne traduit pas une désespérance, mais bien une volonté de bouger, de réfléchir, d'avancer malgré le vide, de bâtir quelque chose.

    J'espère que [vos] neurones n'ont pas explosé, parce que les miens, si.

    -------------

    Gus Pleindastus Laïus


    8/17/2008

    "Les conquérants"

    Euh bonjour.

    J'avais envie, comme ça paf, de vous faire gracieusement don de quelque chose qui ne m'appartient point, mais que j'überkiffe.
    J'ai nommé, un peu de littérature française - de la bonne vieille SF des familles... Écrite par Jacques Sternberg (the best french author EVAR), cette nouvelle s'intitule Les Conquérants, et ce paragraphe m'a donné l'irrésistible envie de vous la faire partager.
    Aussi vous produis-je le susdit paragraphe publiquement, (ab)usant du "droit de courte citation" qui nous est réservé.


    "[...] De toutes les races de l'Univers les Terriens s'étaient révélés, non pas exactement les plus braves, mais certainement les plus ingénieux, les plus rapaces et les plus meurtriers. Beaucoup de races leur avaient résisté, aucune n'avait jamais pu les vaincre ni même les repousser. [...] Pour chaque créature de l'espace, qu'elle fût monstre, larve ou bulle de vie, le Terrien était synonyme de meurtrier et "terrestre" avait le même sens que le mot "implacable". [...] En fait, la venue du Terrien sous-entendait l'esclavage à perpétuité, le travail de forçat sans trêve et sans contre-remboursement. Or, il faut bien le préciser, le travail était un mythe qui n'appartenait qu'à la Terre. Nulle part ailleurs, dans l'espace, on n'avait jamais songé à travailler. Demeurée ou civilisée, larvaire ou souterraine, aucune créature n'avait jamais ressenti le besoin saugrenu d'amasser des biens, de se faire une situation ou de gagner sa vie en acceptant de la perdre suivant un horaire judicieusement prémédité selon tous les barèmes du sadisme mental."

    Toute la nouvelle est comme ça. D'ailleurs, son oeuvre entière est monstrueuse. Je vous invite, si ce n'est déjà fait, à découvrir le monde acidulé de Sternberg, tout en bistredulerie littéraire, génie narratif et humour un rien cynique (J. Sternberg, 1923-2006, merci KiKipédia).

    Je sçais, ça a déjà fait phrase du jour, mais bon... que ne ferait-on pas pour un auteur mort dans l'oubli, dont les bouquins sont difficilement trouvables, alors qu'il a fait la gloire de la SF française !

    C'est aussi l'auteur de ces deux chouettes "Contes Brefs" :

    « Le dernier survivant de l'humanité est assis dans un fauteuil. On frappe à la porte. »

    « Quand les énormes insectes venus d'autre part virent pour la première fois des hommes de la Terre, ils notèrent, stupéfaits et très effrayés : ce sont d'énormes insectes. »

    Enfin, c'était aussi pour dire, il a écrit une nouvelle qui s'appelle "Arrête toi et regarde". Comme la précédente, elle m'a beaucoup marqué.
    Le titre est à méditer, je l'ai retrouvée en relisant une vieille conversation MSN d'un temps où il faisait beau tous les jours...

    Alors, ami de passage, arrête toi et regarde. Regarde toi. Regarde tout.



    - "Les conquérants", "Arrête toi et regarde" : Univers zéro et autres nouvelles, Jacques Sternberg, Marabout 1970