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01/04/2009 Pétage de plombs V - Bulle de rien Encore un pétage de plombs nocturne. Encore écrit d'une traite, donc bancal et pas assez inspiré. Ça part dans tous les sens, ça pose des trucs incompréhensibles sans rien détailler. Si vous avez des questions (ah ah, et puis de la coke aussi), posez-les, je développerai. "Vous" ? Voilà que je vouvoie mon unique lecteur... Assez parlé. Bulle de rien. Comment on fait déjà pour penser ? Comment se souvient-on de ce qu'est un homme ? Quand le dernier veilleur s'endort, quand les derniers poings rageurs levés sont emportés par la tourmente. Quand lutter toute sa vie contre le cours des choses revient à reconnaître qu'on est impuissant. Quand il n'est plus possible de prendre du temps pour soi et pour les autres, quand on est broyé par les structures indispensables à notre survie, quand on a oublié ce qui fait de nous l'éminence la plus torturée, fragile, glorieuse, fondamentalement incomplète de la matière. Torturée, car nos contradictions nous font perdre toute notre vie dans l'inextricablilité de nos problèmes sociaux, quotidien après quotidien. Comment vit-on en société quand l'élan vital de l'homme, celui qui justement a permis son accession au statut d'Humain depuis l'animal, est le désir du confort personnel et de l'accumulation insatiable ? Comment crée-t-on un monde respectueux de toutes les cultures, alors que nous sommes incapables de comprendre ce qu'est l'Autre ? Comment construire malgré l'incommunicabilité des pensées, malgré la carence terrible des mots - terrible par ses conséquences ? Fragile, parce que nous sommes une bulle de rien, qui hier encore n'existait pas - et demain ? -, qui occupe quelques mètres de hauteur à la surface d'une gigantesque planète, écrasée par un ciel si vaste... Ciel qui ne fait même pas l'humilité de notre race. S'élever jusqu'aux étoiles, conquérir l'Univers, explorer la pensée jusqu'à trouver ce qu'il y a après, oui ! Quoi, sinon ? Mais pas avec notre arrogance, l'infinie suffisance de l'homme qui se croit au-dessus de la matière, avant que le sourire carnassier de la Mort ne vienne lui rappeler qu'au moindre incident, l'existence qu'il mène avec tant de morgue est balayée par des forces qui le dépassent. Forces aveugles, si tyranniques que nous prions encore, car accepter qu'il n'y a rien est trop difficile. Accepter que la mort soit une dissolution définitive dans le néant, que personne ne nous a créés, que nous n'avons aucun but. Nous sommes nés, c'est ainsi, on s'habitue ou on en crève. Notre pire cauchemar, ce qui nous bouffe, c'est que nous sommes là. Glorieuse, parce que malgré le rire cynique de la Mort, reste notre plus grande force : nous sommes là. C'est impossible ! Sans aller jusqu'à "je pense donc je suis", qui présuppose finalement pas mal de choses (comme le disait l'ami Friedrich), il existe quelque chose. Le fait qu'il y ait quelque chose depuis toute éternité (une métrique faite de dimensions réelles, spatiales et temporelles, complexes et à oscillations périodiques... par exemple) n'est pas plus imaginable ou compréhensible que l'apparition spontanée d'une métrique d'espace-temps contenant de l'énergie, à partir d'un néant sans espace (donc où il ne peut rien apparaître) et sans temps (donc qui ne peut évoluer). L'existence de quelque chose apparaît si fabuleusement inconcevable, si incroyable même alors que son évidence nous submerge ! L'ajustement des constantes de l'Univers permettant à la matière de prendre des formes complexes est extrêmement fin. La probabilité d'émergence de la vie est pour ainsi dire nulle. Une fois qu'elle eut apparu, il était évident que la sélection naturelle allait finir, tôt ou tard, par favoriser des entités capables de prendre en compte leur environnement et de tirer parti de ces capacités ; et partant, la vie pouvait facilement - mais pas nécessairement - aboutir à l'intelligence. Et à la conscience, qui permet de se structurer en société infiniment plus résistante à la sélection naturelle que l'individu. Mais l'enchaînement d'événements impossibles ou inconcevables (dont, s'ils n'avaient pas eu lieu, nous ne serions pas là pour parler) qui a permis notre apparition nous prive de lucidité face à notre existence. La gloire de l'humanité réside en sa capacité à s'accrocher à la vie, mais pas par instinct de conservation, contrairement à l'immense majorité de nos semblables : plutôt par une sorte de détermination rageuse à rester debout et à avancer, quitte à devoir inventer ce que signifie avancer. Fondamentalement incomplète, parce que nous ne savons pas nous contenter d'être tels que nous sommes. Et nous ne le pouvons pas. Tous les systèmes sociaux ayant existé à ce jour écrasent l'homme, que ce soit sous une botte militaire, la soif de pouvoir (volonté de puissance ?), un joug idéologique prétexte à un Homme Nouveau réalisable par marche forcée, ou une avalanche de consommables rendus indispensables par le tarissement lui aussi forcé de toute autre source d'intérêt. Crever de faim, d'envie, la bouche ensanglantée par les coups de tatane, ou être posé à deux mois devant la télé pour bébés, il y a des choix plus enivrants... Tous ces systèmes rendent compte de notre échec monumental, celui de dépasser un instant notre nature, celle de milliards d'éclats d'êtres, d'individus, de cerveaux isolés. Espace-temps, matière, vie, organisme, pensée, conscience... Et avant ? Et surtout, après ? Nous n'avons d'autre choix que de devenir nos propres dieux : faute de raison à notre présence, de sens "spontané" à la vie, de chemin à suivre, nous devrons prendre un jour les commandes du vaisseau aveugle dans lequel nous sommes. Contre l'absence d'explication, nous existerons. Nous dépasserons l'incommunicabilité, ou nous noierons dans le verre d'eau philosophique où nous barbotons. Si immenses que nous sommes appelés à devenir, si un jour ce devenir se muait en réalité, nous ne devrons jamais oublier notre incommensurable insignifiance, et le constat précédent : nous sommes nés, c'est ainsi, on s'y habitue ou on en crève. Comments (1)
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