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Gus Gomès

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Non-biologiste paumé en bio, non-entravant essayant de comprendre le vaste monde et le sens de la vie, glandu bien entouré, merci.
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Rapport à l'HADOPI et au LOPPSI, toussa... Soit mis sans prétention, c'est juste l'initiative qui est marrante. En savoir plus !

KavernaguS

Chaque seconde perdue l'est à jamais.
11/22/2009

Le paradoxe de la Reine Rouge

Le paradoxe de la Reine Rouge

[Ce qui suit a, comme d'habitude, valeur de réflexion et non de démonstration. Réflexion au fil de l'eau, comme ça vient. Pas très inspirée, d'ailleurs.]

Dans "Alice au Pays des Merveilles", de Lewis Carroll, la Reine Rouge ordonne à Alice de courir. Le paysage s'immobilise alors, et Alice demande pourquoi. La Reine répond : "Now here, you see, it takes all the running you can do, to keep in the same place. If you want to get somewhere else, you must run at least twice as fast as that!" ["Ici, tu vois, tu dois courir aussi vite que tu peux pour rester immobile. Si tu veux aller ailleurs, tu dois courir au moins deux fois plus vite que cela !"]

Ce paradoxe est fréquemment utilisé en sciences de l'évolution, pour expliquer la course aux armements perpétuelle entre les organismes, l'incessante pression de sélection qui fait qu'une espèce qui stagnerait, qui n'innoverait pas, se verrait dépassée et submergée par d'autres espèces qui lgrignoteraient petit à petit ses ressources, ou sa chair, et finiraient par envahir sa niche écologique.

C'est évidemment vrai pour les grandes puissances militaires qui roulent les épaules, et font la course à celui qui aura la plus grosse (bombe). Si vis pacem, para bellum, tout ça.

C'est également vrai pour les entreprises, qui tiennent par-dessus tout à être affublées du qualificatif d'"innovantes". C'est vrai pour Micro$oft et Apple, Goldman Sachs, Airbus, Dassault Systems, Sony, Toshiba, Toyota, etc, etc... Arrêter de sortir des nouveautés technologiques ou de baisser les prix, c'est se faire pulvériser par le marché. Sauf éventuellement dans le cas d'ententes et de cartels, qui font passer d'un oligopole à un monopole de fait (comme pour les opérateurs téléphoniques français). Et même dans ce cas, on a de l'innovation et une relative baisse des prix (avec des marges colossales, ce qui satisfait les actionnaires).

C'est une tendance indéniable à l'échelle de l'individu. La productivité doit augmenter à l'infini. Si ce n'est pas le cas, si les gains de productivité sont insuffisants ne serait-ce que dans quelques mois, la publication des résultats trimestriels agit comme un couperet pour l'entreprise qui n'a pas su tirer encore plus d'un potentiel humain constant. La sanction est immédiate, et après deux ou trois semestres dans cette voie, l'entreprise doit licencier. Ou "se restructurer". Ou "mettre en oeuvre un plan de compétitivité", comme on dit maintenant.
Stupidité infinie de croire qu'on peut bâtir un modèle social en pressurant chaque jour un peu plus les individus, en les mettant dans une compétition acharnée et planétaire, en les précarisant, en les dégoûtant du travail par un changement de métier, de collègues, d'environnement voire de ville tous les six mois. Gains de productivité, compétitivité, flexibilité, mobilité, donc.

Admettons. Les gains de productivité, très bien : l'apport de la révolution informatique, des méthodes pour faire gagner en efficacité, pourquoi les refuser ? La compétitivité, nécessaire pour ne pas se faire bouffer. La flexibilité, nécessaire à la compétitivité. La mobilité, nécessaire à la flexibilité.

Deux objections majeures.
La première est qu'il n'y a pas de limite à ce que ces grandes et belles théories peuvent imposer. La productivité humaine ne devient pas infinie. Les salariés que l'on déracine sans cesse ne trouvent pas de substrat humain dans lequel s'enraciner et s'épanouir. La flexibilité ? Une manière de payer non plus les services d'une personne, mais une quantité de service. Au prix le plus bas possible, et ce que devient la personne qui l'a effectué est le dernier des soucis de l'entreprise. À l'extrême, ce modèle ferait de chaque travailleur un intérimaire permanent, deux jours ici, six mois là, venant remplir ponctuellement un service. Ce rêve de la flexibilité, c'est le cauchemar des employés privés de toute perspective d'avenir stable et durable.
Deuxième élément essentiel : où sont les compensations ? Travailler plus pour ne pas se faire virer ? Être corvéable à merci, accourir dès qu'on daigne nous sonner, et lécher les bottes de qui aura bien voulu nous accorder un temps d'emploi, un bribe de salaire ? Abandonner un cadre de travail, ne plus avoir de collègues mais seulement des rivaux...
Sans parler de la privatisation des retraites et des assurances santé (la tendance pourrait légèrement s'inverser aux USA sous peu, mais ils partent de loin !) qui font exploser la notion de solidarité entre membres de la société... La tendance est donc à l'éclatement du tissu social. On nous parle tant de flexi-sécurité (flexibilité pour l'entreprise, sécurité de l'emploi pour les salariés), mais la deuxième partie du mot semble avoir été oubliée...

Combien de fois ai-je entendu "le boulot, c'est de plus en plus difficile, le rythme s'accélère, on nous en demande de plus en plus"... Qui ne peut suivre la cadence, qui refuse de se faire imposer un tel rythme, n'a que très peu de chances de "rester sur place sans courir".

Courir, pour quoi faire ? Pour aller où ? Pour faire de l'argent ? Pour être heureux ? Dans quel sens ?
C'est là qu'intervient le paradoxe d'Easterlin. En 1974, ce chercheur a montré qu'une fois les besoins élémentaires de l'homme satisfaits, il n'y avait pas de corrélation entre augmentation de la richesse et augmentation du bonheur. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus mais ce n'est pas mon propos principal, et la documentation est abondante à ce sujet sur le net (quoique contradictoire, et fortement marquée d'idéologie).

Gagner de l'argent, OK. Assez d'argent pour subvenir à ses besoins, OK. Mais plus ? Encore plus ? Créer des besoins exprès ? Où se limiter ? A-t-on réellement besoin d'écrans plats gigantesques, de véhicules individuels, d'ordinateurs surpuissants, de voyages en avion... Tous ces services et objets, qui constituent un mode de vie non soutenable.

Sous l'impact des publicités qui exacerbent nos pulsions et nos envies, le choc répété des injonctions politiques (de droite ou de "gauche") qui nous incitent à défendre notre bifteck bec et ongles contre tous les autres, l'intelligence abdique, la peur d'être déconnecté/largué du système prend le dessus.  La peur appelle l'instinct de violence et de repli sur soi.
Les vieux crèvent seuls, les gamins sont seuls derrière leur iPhone et/ou leurs fenêtres MSN, les salariés sont en passe de devenir seuls, et ce n'est pas en travaillant plus que les gens iront les uns vers les autres.

"There is no such thing as society. There are individual men and women, and there are families. And no government can do anything except through people, and people must look to themselves first."
Après la destruction des fondements de la société qui s'est amorcée dans les années 80, guidée par les Reagan et autres Thatcher, sans que les gauches européennes ne fassent quoi que ce soit, l'individualisme est aujourd'hui l'idéologie dominante.

Il se pourrait que le prochain stade soit la destruction de l'individu en tant qu'être rationnel et capable de choisir ce qui est bon pour lui. Il ne s'agit pas de faire des peuples des masses de moutons : je ne reviendrai pas sur ce lieu commun, vrai dans une trop grande mesure. Il est question de réduire l'individu à une bille d'instincts, un être incapable de s'accrocher quelque part ou de prendre du recul, un assemblage d'envies et de pulsions qui achètera tout et n'importe quoi, et se battra toute sa vie pour rester à la même place. La "société" résultante, c'est un immense bac de billes, sans interactions autres que les chocs durs surface contre surface. Un liquide, un putain de liquide infiniment malléable, qui absorbe toutes les crises, suit la pente qu'on lui offre, se laisse contenir, ne fait jamais de vagues si on ne lui en laisse pas l'occasion.

Un liquide dont on fera nécessairement n'importe quoi, puisque personne ne sait où aller. Pas de Dieu, pas de vie après la mort ; un niveau de vie qui remplit le ventre et laisse quelques heures de libre dans la journée pour pouvoir penser, réfléchir au "sens de la vie", se demander où on va comme ça... c'est terriblement angoissant. Et là, pas d'autres, pas de société. Il n'y a que l'individu en système fermé, qui ne se sent plus exister à travers Dieu, les autres, un projet de société, et qui bosse pour se remplir les poches d'un fric qu'il va claquer pour croire qu'il est vivant.

Même s'il gagne du terrain, l'individualisme et son idéologie sont loin d'avoir tout conquis, tout écrasé. Il nous reste du temps avant la fin de cette étape, même si la prochaine a déjà commencé. C'est une bonne nouvelle, et ça veut dire aussi que nous n'aurons aucune excuse pour avoir raté le coche.

10/5/2009

L'entropie, la bactérie et l'alpiniste

[En réponse aux khâgneux, qui m'ont posé tant de questions sur l'Univers et la vie.
Pour les biologistes, qui se sont posé tant de questions sur le sens de la vie et de l'Univers...
J'espère que vous apprécierez cette minuscule contribution. Aucune prétention excessive scientifique ou philosophique : ce n'est ni du Werber, ni du BHL... C'est simplement ce que j'avais envie de vous dire - ce n'est pas construit, c'est un peu comme si je pensais à voix haute.]


L'espace d'un instant, imagine-toi bactérie. Être insignifiant, à la durée de vie et aux dimensions nulles - pas si différent d'un humain, finalement.

Tu es unité élémentaire de vie : une cellule, un intérieur où règne l'ordre, un extérieur où l'entropie fait la loi. Une membrane ténue, à peine une bulle de savon ; et une paroi, c'est ce qui t'individualise - te donne ton essence.

Une seconde que tu existes, et te voilà déjà en train de mourir. L'ordre se dissipe en toi, la complexité s'effondre au profit du chaos. Il n'y a rien à espérer, c'est la Loi fondamentale de l'Univers, et c'est bien comme ça. Les torrents ne remontent pas les montagnes ; tu comprends que conserver ton ordre, ton intérieur, ta vie, c'est nager à contre-courant, en t'appuyant sur les troncs flottants qui descendent lentement la rivière de l'Univers.

Ces troncs, ce sont les sources d'énergie. Sur Terre, il n'y en a qu'une : la transformation des atomes légers et lourds en atomes moyens, stables et inertes. Chaleur solaire vivante ou fossilisée, laves internes incandescentes de chaleur primitive et de radioactivité, toutes ces sources d'énergie ne sont que le reflet de la mort lente de l'Univers. Faute de bois, le feu s'éteindra un jour - encore, la pente, le courant auxquels rien ne résiste plus d'un instant. L'entropie, c'est-à-dire le chaos, augmente irréversiblement. Tu commences à mourir, mais tu sais retarder l'échéance.

Tu sens la présence de cette énergie qui s'est incarnée dans la matière : de la nourriture. Voilà que cela déclenche en toi une série de réactions chimiques et de complexations en cascade : le peu d'énergie qui te reste te sert à ouvrir un passage dans la bulle de savon, vers l'extérieur d'où tu tires un peu de chaleur.
Tu brûles ton énergie pour attirer la nourriture dans ton intérieur, et tu attires de la nourriture dans ton intérieur pour avoir de l'énergie à brûler. Il n'y a pas de pourquoi ; il n'y a que ce flux circulaire, ralentissant la consomption de l'Univers de façon infinitésimale sans changer quoi que ce soit au résultat.
Tout ce que tu es te sert à être toi, ou multiple de toi. Tu ne laisseras rien que d'autres toi - tu n'as pas d'identité, à cause de l'identité entre toi et tous. Tu es donc néant.

Sensation étrange, non ? Fin de l'expérience, tu es à nouveau humain. Pas plus complexe, pas plus évolué, pas plus animé par une force vitale mystérieuse, doté d'un destin inexistant. Tu es là sans savoir pourquoi, et tu perds ta vie à la gagner. Le temps s'écoule, c'est ton désespoir - si tu en as seulement conscience, c'est ta condamnation à mort, et c'est ta condamnation à vivre.
L'écoulement du temps, l'irréversibilité, c'est ce qui te donne un combat à accomplir, une pente à remonter sur quelques mètres - même si tu glisseras et tomberas à la fin, ne t'arrête pas en chemin. Monte le plus haut possible, il n'y a rien d'autre à espérer.
Un éternel présent - ou un futur infini - t'empêcheraient tout objectif. L'immobilité, ou l'ascension infinie n'ont pas de sens, pas de limite à dépasser. Ta seule chance est de te souvenir qu'il faut grimper, ta seule chance de n'être pas une bactérie de plus. Grimper. Grimper.

Mais vers où est le haut ? Comment s'élever ?

Puisque tes yeux scrutent l'horizon en espérant d'une montagne, puisque tes pas arpentent la terre en quête d'une montée, c'est que tu es déjà alpiniste.
9/7/2009

Diversité et unité des Agrégatifs en milieu Orcéen

[Avertissement de l'auteur : il va de soi que toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé ou existant réellement serait purement fortuite. Outre ce, il s'agit d'un texte à vocation humoristique. Si vous trouvez que j'ai tapé trop fort, j'écrirai un article sur les Barbagrégatifs (inspiré directement des Barbapapa), mais ça risque d'être moins drôle.]

Bonjour à tous,

Il est de notoriété commune que, lors de la période de mars-avril, un agrégatif peut perdre jusqu'à trente-cinq kilos, et que son volume intracrânien peut doubler jusqu'à atteindre les 3000 cm cubes ; toutefois, certaines espèces d'agrégatifs semblent subir une mortalité moindre à l'écrit, et passer le printemps sans stress cellulaire visible.
Agregsvt est un genre récent, qui a émergé il y a deux siècles à l'occasion de mutations politiques. Il appartient à la famille agregativus, dont les individus se reconnaissent à leur teint cireux, les poches sous les yeux, une utilisation quotidienne du mot "putainputainputain" - à l'exception du genre AgregB3, où il y a eu réversion. (*) Agregsvt et AgregBGB ont divergé il y a moins d'un siècle, d'après certains fossiles récents (Jean-François Le F.). Agregsvt comporte quatre espèces (et de nombreuses sous-espèces) :
- A. cachanensis, la plus évoluée (*)
- A. capetiens, ou "les capétiennes" : gens certifiés l'année précédente
- A. professoralis, déjà en poste
- A. ulmitis, dont l'habitat initial est parisien.
Les contraintes imposées par le milieu Orcéen (rigueur du climat, migrations, surabondance de nourriture intellectuelle, compétition interspécifique féroce) exercent une puissante pression de sélection sur les espèces d'agrégatifs. Comment celles-ci ont-elles adapté leurs fonctions de nutrition, de reproduction, et d'organisation de la temporalité, en réponse à ces contraintes ? Comment les diverses stratégies adoptées ont-elles utilisé différentes niches écologiques ?


I) Transports et étendue du territoire : les migrations nycthémérales

I.A) L'habitat (urbain, dégueulasse) d'Agregsvt

L'aire de répartition des agrégatifs se situe entre Paris et Bures-sur-Yvette, essentiellement le long de la ligne de RER B : l'espèce A. ulmitis couvre l'ensemble de cette aire, alors que A. cachanensis est réparti entre Cachan et Bures-upon-the-Yvette. La question de l'accès au cours se pose donc de manière cruciale, l'idéal étant de se lever à 8h29 pour aller en cours à 8h30 à Orsay - un bon sommeil étant un facteur de réussite, mais pas pour toutes les sous-espèces.
On notera également la grande difficulté, pour les espèces migrant avant frayage (ex : Poitiers, Lyon...), de trouver des créneaux de frayage.

I.B) Adaptations diverses

- Resserrement de l'aire de migration : lors d'un nycthémère, l'agrégatif aura moins de temps à parcourir. Ex : A. cachanensis, dont certaines sous-espèces nichent à Villebon ou à Uf-sur-Yvette.
- Attachement à un lieu riche en ressources glandouillatoires. Ex : A. Cachanensis alicia, dont la pression de sélection du lieu de frayage (*) pour la conquête des ressources a nettement diminué depuis le départ des autres sous-espèces.
- Colocation symbiotique (ou parasitique) Ex : A. Cachanensis gavus et A. Cachanensis loiques ; A. Ulmitis à Bures-sur-Yvette où un écosystème d'agrégatifs s'est recréé.
- "Rien à foutre" ou insomnie de type "le sommeil ça sert à rien" : A. Ulmitis Ultimis (aka Thibaut Brunet ou l'Ulmite Ultime, si c'est pas une contrepèterie je me pends) : la migration pendulaire prend moins d'importance car cette sous-espèce dort peu.
- Le sommeil en cours, pratiqué dès le premier jour de la saison agrégatoire par A. cachanensis sophis (taxon ayant émergé cette année, qui possède la caractéristique d'être "baba cool" selon la classification internationale du BGB). Ce comportement, utile à court terme, peut à long terme conduire à l'appartenance de l'individu au club JAJA.
- Chez A. cachanensis : suppression de la migration pré-frayage (scalpus), inversion de la migration et frayage en Île-de-France au lieu de la province...

II) Rigueur climatique

II.A) Le putain de climat orcéen

Le putain de climat orcéen oscille entre le boueux et froid l'été, et le glaiseux et glacé l'hiver. Les précipitations abondantes permettent parfois de se rendre en cours à la nage - avec toutefois risque de percuter un paquebot. Tous les représentants d'Agregsvt possèdent des poils érectiles, ce qui favorise la rétention d'une couche d'air relativement chaud (-5°C en septembre à -45°C en février) à proximité de l'épiderme pluristratifié caractère de Vertébré dans ton cul momifié grognasse.

II.B) Adaptations aux rigueurs climatiques

Plusieurs stratégies ont été observées, certaines semblent plus efficaces que d'autre :
- rasage des poils (permanent chez les filles), qui s'avèrent être alors d'une inutilité remarquable. On notera que A. cachanensis gavus adopte également un comportement stupide en rasant sa barbe toutes les semaines, c'est à dire avant qu'elle n'acquière un rôle de protection thermique. En revanche, A. Ulmitis Zbili ou A. cachanensis loiques ne perdent pas leur pilosité faciale.
- bouffage de mars en cours
- Apparition de vêtements de moins en moins décolletés / de plus en plus épais.

III) Présence massive d'informations à ingurgiter

III.A) Le substrat intellectuel orcéen

Plus de 600 livres au programme, des démonstrations, des agregs blanches (dont une deux jours après la rentrée), des cours, des cours et encore des cours, des TP, de la géol, de l'évolution, du pyruvate... et surtout des leçons (à préparer pour cinq jours après la rentrée pour A. capetiens). A. cachanensis gavus, par exemple, voit son comportement de panique face à une leçon en contre-option décalé vers les jours précédant le 16 septembre ; mais tous les représentants d'Agregsvt montrent périodiquement ce comportement - avec des variantes.
Comment se taper des expressions comme "parthénogenèse deutérotoque ou thélytoque", "diméthylsulfoniopropionate" ou encore "Dinoflagellés à endosymbioses tertiaires" ?

III.B) Réponses adaptatives

- A. capetiens ou "Les capétiennes" : déjà certifiées l'an dernier, elles n'ont de cesse que d'étancher leur soif de savoir brut, de cartes géol au millionième, de lépidoptères à soies (pas des poils, bordel, pas des poils, caractère de Mammifère)... c'est donc l'interversion des voies de la douleur et du plaisir qui les conduit vers une sorte de masochisme, comportement qui prend toute sa valeur ici : aimer avoir mal en agreg, c'est extrêmement utile.
- Chez A. Ulmitis, il n'y a pas de difficulté particulière à assimiler (variable selon sous-espèce), notamment chez A. Ulmitis Ultimis, dont le cerveau délivre une demi-mole de dopamine à chaque schéma appris (et le pénis, une demi-molle par paragraphe relu) (*). On a donc une convergence évolutive notoire avec le groupe d'A. Capetiens.
- Chez A. professoralis (proche d'A. capetiens), les bases sont mises en place, il n'y a plus qu'à se rapprocher du tableau pour que la science infuse plus vite.
- On notera la disparité de réponse chez A. cachanensis : latence au travail, sérieux de mise (A. cachanensis scalpus), tout est possible.


IV) Ptinptinptin chuis trop à la bourre

IV.A) Présence de seulement 86400 secondes dans une journée

Lors d'une révolution terrestre, camarades, les marins du cuirassé Potemkine ne servent à rien. On notera également que pendant cette durée, s'écoule singulièrement l'extraordinaire total de 86400 secondes. Le chiffre est ridicule en soi, ce qui est dû au système sexagésimal sumérien, et également au nombre de secondes que nous aimerions bien y ajouter. Pour faire un chiffre rond, disons cent mille, ou un million, allez, je vous le fais à neuf cent mille.
Tous les agrégatifs vivent avec ce pathétique total, et certains secteurs de leur vie peuvent devenir faméliques (exemple : fonctions de reproduction limitées voire abolies en fonction de l'espèce, ne pas pouvoir se reproduire constituant un désavantage sélectif plutôt majeur).
Mais COMMENT nos glandus vont-ils s'adapter ?

IV.B) Gestion différentielle du temps selon le taxon d'agregsvt

- Ignorage complet / Frénésie inefficace: ah, c'est toujours une journée de moins en prépa agreg à se taper / Oh merde rapport de stage leçon soutenance géol (A. c. gavus)
- Stress exacerbé
- Limitation des fonctions de nutrition (solution suggérée par l'absence de machine à délivrer du caca lipido-sucré dans le bâtiment) ou de reproduction (la vie planctonique et les amphiboles triblastiques, ça vous couperait l'envie à un curé sous cocaïne). Exemple : rasage nécessaire à la parade sexuelle déclinant rapidement chez les spécimens féminins.
- Gestion du stress : humour. Exemple : "Un cnidaire-surprise", "je suis nageur à tremplein", "j'écris de la merde sur le cours de mes camarades ou sur les mailing-lists", ou encore l'écriture de nombreux TAJA sur les cours de son voisin...


On voit donc que le milieu Orcéen, de par les contraintes internes et la situation au sein d'écosystèmes plus vastes (Parisien, français....) qui le caractérisent, multiplie les pressions de sélection à l'encontre du genre Agregsvt : manque de temps, temps de merde, merde à se taper, se taper des kilomètres... et là j'arrête parce que ça va devenir dégueulasse.
Les espèces d'Agregsvt ont adopté des stratégies évolutives variables pour faire face à ces contraintes; on observe même une différenciation en sous-espèces (allopatriques pour A. ulmitus ultimus, et sympatriques selon la niche écologique prise au sein d'A. ulmitus à Buf-sur-Yvette).
Glandouille, masochisme, minimisation des temps de transport, esprit de concurrence : tout est bon pour piner tout le monde et finir vice-major de l'agreg. Oui, y'a l'Ulmite ultime quand même...

Pas désolé.
--
Gavüs


PS : (*) Pardon L***, pardon mille fois... Pardon A*****, pardon mille fois... Pardon T******, pardon mille fois...


8/28/2009

Climat, citoyenneté mondiale, et action !

Salut à tous,

Je vous invite ici exceptionnellement par Fesse-Bouc, car il y a beaucoup de choses qu'il faut que vous sachiez - et ça ne tient pas en quelques caractères. L'idée n'est pas de faire de la pub "HOU HOU VENEZ", mais de diffuser au maximum cette chouette idée. En plus, vous me connaissez, je n'ai pas l'habitude de vous les briser avec des diaporamas alarmistes à la con, des invitations à piailler des slogans à la sauce CGT...
Non, là, cette expérience me tente franchement - et j'aimerais que vous la partagiez.

Ah, mais quoi donc ?
J'ai été contacté récemment par Avaaz, organisation internationale menant de nombreuses campagnes pour faire en sorte que les opinions et les valeurs des peuples influent sur les décisions mondiales, à laquelle je suis associé depuis quelques temps. Le sérieux, la compétence et l'efficacité de ses membres ne sont plus à mettre en doute (voir ici) ; et la communauté compte déjà 3,6 millions de membres dans de nombreux pays.
Cette organisation a choisi de mener un nouveau projet, dont l'aboutissement serait le 21 septembre 2009 : il s'agit de faire entendre aux dirigeants du monde entier la voix des peuples,  qui veulent que la conférence de Copenhague (fin 2009) aboutisse à des accords réellement justes, précis et contraignants quant aux actions à prendre pour limiter le changement climatique en cours.

Voici une version abrégée du mail que j'ai reçu :
"Chers amis,

C'est maintenant ou jamais que nous devons agir pour le climat. Il ne nous reste plus que 100 jours pour obtenir un nouvel accord mondial permettant d'éviter la catastrophe climatique, mais nous sommes aujourd'hui très loin du compte.

Avaaz envisage d'impulser un "appel au réveil" des principaux dirigeants politiques le 21 septembre prochain à travers une gigantesque action mondiale ouverte à tous, demandant à tous nos membres de sortir dans la rue pour faire retentir un concert d'alarmes, organiser des rassemblements gigantesques dans les plus grandes villes, et se regrouper pour envoyer des appels au réveil. Partout où nous trouverons, nous enverrons un déluge d'appels téléphoniques aux dirigeants politiques , et le son produit par ces millions de voix sera enregistré, édité et présenté aux Chefs d'Etat participant au sommet de l'ONU sur le climat le lendemain à New-York.

Notre appel au réveil est ambitieux: il s'agit de convaincre les Chefs d'Etats et de gouvernement de se rendre aux ultimes négociations climatiques à Copenhague en décembre et d'y adopter un traité ambitieux, juste et contraignant pour enrayer la catastrophe du changement climatique .
La négociation de ce traité est en cours depuis des années. Aujourd'hui, à 100 jours de Copenhague, nous sommes à un tournant -- une immense mobilisation mondiale pourrait faire changer les choses."

Alléchant, non ? Greenpeace et Oxfam (entre autres) sont associées à ce projet. Si vous n'êtes pas convaincus (c'est vrai, quoi, faut y aller, sans compter que c'est où ? Y'aura qui ? Est-ce qu'il y a un rassemblement à Saint-André-d'Apchon ? J'vais pas y aller tout seul quand même...), je vous invite à reconsidérer ce lien, et particulièrement cette histoire :

"Les membres brésiliens d’Avaaz ont fait 14 000 appels téléphoniques et ont envoyé 30 000 messages électroniques au bureau du Président Lula en seulement 2 jours (!) et au dernier moment, ont réussi à faire renverser une loi qui aurait destiné une grande partie de la forêt amazonienne à l'agrobusiness à des fins d’exploitation. Ceci représente une victoire majeure dans le dossier des changements climatiques étant donné la quantité importante de gaz à effets de serre produite par l’activité humaine que cette forêt absorbe"


Et il existe de nombreux autres exemples. Avaaz n'en est qu'au début de son aventure... ce genre de mouvement est une expérience de démocratie directe et mondiale, et surtout un contrepoids face aux lobbies industriels et politiques, qui n'existait pas jusqu'à présent.

Alors, pourquoi ne pas en parler autour de vous ? Et carrément y aller... Si vous avez un empêchement (exemple : excursion géologique d'agreg, après j'dis ça...), rien ne vous empêche de vous intéresser aux actions régulières d'Avaaz. L'inscription est simple, pas de spam à la con ni de messages culpabilisants (ouf !), et vous pouvez même donner (y'en a qui ont essayé, et ils ont pas eu de problème).

Dans la mesure du possible, j'essaierai de vous tenir au courant de l'évolution du projet, qui n'en est qu'à sa phase initiale...
Merci de votre attention.

--
Gavüs

7/22/2009

Record battu [Védéhème 3/2, par Maryline]

Vous vous souvenez encore des précédents billets, dans lesquels mes jérémiades incessantes auraient fait passer Arlette Laguilier pour une stoïque confirmée. Eh bien figurez vous qu' environ une semaine après les avoir écrits, j'ai reçu un coup de fil de Maryline qui m'a raconté sa journée. Après le rire homérique qui s'est emparé de moi, je lui ai fait promettre de le mettre par écrit. Finalement, la série Védéhème comportera trois épisodes sur deux prévus.

Ladies and gentlemen, voici le premier billet invité céans ; rédigé [à l'arrache] par Maryline, et corrigé [en vitesse] par mes soins.

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Mardi 7 juillet 2009 : Record battu…

Pour comprendre que la journée commence bien dès avant le matin, il faut revenir 2 jours plus tôt. Dimanche, magnifique journée ensoleillée ou j’ai fait une brocante avec ma sœur… Résultat de la journée : super brocante mais coups de soleil sur les 2 épaules…
Donc dans la nuit de lundi à mardi ces fameux coups de soleil m’ont empêché de dormir en me réveillant à chaque fois que je retournais…
Déjà réveil de mauvaise humeur après mauvaise nuit… Mais bon je me dis que c’est bien fait pour ma gueule et que j’avais qu’à écouter ma sœur et me protéger du soleil…
Petit dej et départ pour mon stage commençant à 8h30 sans problèmes. A l’arrivée à la clinique, en même temps que la véto, premier souci : deux rendez-vous ont été pris à 9h (en rural et en canine) alors qu’elle est seule jusqu’à 10h30… Bon on se dit finalement que ça va passer car les proprios de chien de 8h45 et 9h sont en avance, ouf… Ouais sauf qu’à 8h50, à la sortie de la consult de 8h (normal quoi…) la secrétaire nous annonce un chien en urgence, qui « n’est pas bien » aux dires de ses proprios… Consult en urgence, le chien, stressé, nous fait la totale en salle de consult (féérie liquide et solide), tout ça pour une hernie discale qui doit le faire souffrir depuis un temps certain.
Sortie de canine, on se dit qu’après tout une demi-heure de retard, c’est rien. Mais là de nouveau la secrétaire nous annonce une urgence, rurale cette fois-ci… Une génisse couchée à St Pierre Laval (assez loin de la clinique et à l’opposé de notre rendez-vous initial… Mais bon pas le choix, nous voilà partis. Le temps est superbe (à savoir averses régulières toutes les 5 minutes). Arrivé chez l’éleveur il nous dit de le suivre jusqu’au pré où se trouve la génisse. Pour ce faire nous traversons un passage à niveau (après avoir bien entendu attendu que le train passe, selon l’éleveur ça ne lui arrive jamais…) et nous nous rendons encore plus loin dans la campagne. Après les soins sur la génisse, nous repartons vers notre rendez-vous de 9h, il est 10h30… Nous repassons le passage à niveau dont le signal sonore retentit lorsque nous le traversons, évidemment.
Il est maintenant 11h, avant d’arriver chez l’éleveur nous tentons en appelant la secrétaire de décaler le dernier rendez-vous de la matinée à l’après-midi. Elle nous rappellera pour la réponse mais nous annonce que le second véto est parti sur un vêlage… Les boules, ça fait une semaine que je suis là et j’en ai pas encore vu un seul…
Chez l’éleveur on aurait pu penser que toutes les bêtes seraient prêtes et que nous n’aurions qu’à vacciner puisque nous avons 2h de retard… Cependant à notre arrivée rien n’est prêt et nous devons attendre le tri de l’éleveur et suivre son organisation quelque peu folklorique… C’est donc une heure et demie plus tard, après un apéro forcé au mousseux (moi qui n’aime ni l’alcool, ni ce qui pétille, j’ai été servie…) que nous repartons vers le dernier rendez-vous de la matinée, que l’éleveur a refusé de décaler malgré l’appel de la secrétaire. Selon lui, je cote « mes veaux sont pris depuis ce matin, vous devez passer ». Donc bon nous voilà reparties… Nous arrivons à 12h40, rien n’est prêt, on a un peu les boules. Cependant en se débrouillant bien on réussit à repartir à 13h.
La pause sera courte, le temps de revenir il est 13h30. La véto me propose de manger avec elle, elle prépare des pates, malheureusement sur-salées… Si je n’avais pas faim, j’aurais rien mangé…
14h c’est reparti, du moins en théorie… En effet j’aurais dû repartir en consult rurale l’aprème mais journée de merde oblige…
Pour expliquer cette partie je dois vous dire que les égouts de la clinique suivaient un système particulier : fosse septique dont le trop-plein se jetait dans les égouts. Seulement depuis 2 jours la fosse refluait. Après appel à un plombier qui avait tenté la veille de déboucher tout ça, il devait ce jour vider la fosse et raccorder directement aux égouts. Il a donc branché sa pompe, et l’a mise en marche. Il a simplement oublié le bouchon sur la pompe. Résultat ??? Il a pompé la fosse, ça c’est sûr, mais il l’a éjectée dans la pièce du stock où se trouvaient aussi toutes les bottes et combinaisons de travail… Cool…
Du coup début d’après-midi lavage de bottes (je vais pas faire confiance à des gens aussi cons pour faire ça…) et consult canine… au lieu de balade dans la campagne et vaccination FCO.
Finalement le second véto, après avoir fini la canine, part en vaccination FCO. Je réussis à dégoter une paire de bottes propres mais ça sera le jean en guise de combi…
L’éleveur, me voyant arriver, me dit « vous allez vous salir comme ça mademoiselle ! »
Non, c’est vrai ? J’aurais jamais cru… Mais bon je m’en fous c’est mieux que ne rien foutre.
Retour au cabinet vers 17h45, avec un jean crade, comme prévu. N’étant plus présentable - ni sentable tout court - pour faire de la canine, je rentre chez moi, journée de stage finie.

Je me rends alors compte que nous sommes le jour d’affichage des résultats de partiels en consultant Facebook… Seulement moi je suis pas à Lyon, je suis à Lapalisse… Pas de soucis, je me connecte sur MSN, trouve Elo et lui demande mes résultats… Elle m’annonce la seule bonne nouvelle de la journée : un seul rattrapage en septembre de plus ^^

Comme quoi c’était pas une si mauvaise journée finalement…


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J'ajoute, outre la petite vanne que j'ai glissée dans le texte, que je remercie vivement Maryline pour cette participation. Et qu'ayant passé quatre heures à suer dans les transports, et une bonne heure et demie à marcher aujourd'hui, c'était la bonne journée pour ajouter ce billet...

6/29/2009

De Inutilibus Gavus (Védéhème 2/2)

== SECONDE PARTIE==

[Petit paragraphe introductif : qu'il me soit permis ici de détailler quelque peu l'anatomie de la ligne de RER B, qui entre en jeu le long de ce. Non, il ne manque pas de mot.

Bagneux --> Bourg-la-Reine (dégueulasse), changement obligatoire : Bourg-la-Reine --> Orsay, Bures-sur-Yvette, La Hacquinière, Gif-sur-Yvette. Moyenne de temps pour rentrer : 1h15. Fréquence des RER : un toutes les douze minutes, soit 1,4 millihertz.]

10h00. Arrivée au labo. Quelle bande de branleurs, même pas ils font un lab-meeting du lundi matin, what ???
10h05. Mes orteils en éventail se recroquevillent : l'étudiant que je salue usuellement d'un jovial "Ave, thésard" fait irruption, l'air à la bourre et hagard.
"Je suis à la bourre et hagard, le labmeeting est à l'étage". Oh merde.

11h35 : finalement la gravité, cette "cruelle salope", n'a pas eu raison de mes vaillantes paupières. Ha. Puis, une dizaine de minutes de déambulation routinière me permettent de redécouvrir que ma boulangerie-étape-casse-croûte habituelle fait, comme toutes les boulangeries (et la foire aux bourre-pifs), relâche le lundi.
Joie, une gargote juste en face me permet de me restaurer  d'un plantureux sandwich spongieux, au jambon pas frais et au Beur plutôt mal intégré ; ma délectation, accompagnée d'un breuvage tiédasse se faisant passer pour du coca frais, n'est pas seulement celle de la gula  (appétit matériel). En effet, je savoure également le déchiffrement  d'un exemplaire du Parisien qui traînait, traitant de l'épanouissement actuel du Parti Socialiste. En guise de résumé : bien s'emplir la panse en lisant un bon journal -offert par la maison - à l'actualité optimiste, ça valait bien la modique somme de cinq euros trente.


15h30 : "Bon ben en fait faut que je parte", me fait la (charmante, ça c'est vrai) post-doc qui s'occupe de mon cas. Bon, trop nouveau, je peux pas encore faire de manips tout seul. Je végète deux heures en attendant que le (sympathique, ça c'est vrai aussi) thésard m'offre des explications qu'il m'a promises. Après 120 minutes à galérer sur une commande LaTeX, sans aucun résultat : "Bon ben faut que je parte, désolé", qu'il me sort avec un sens de la récupération qui laisserait baba Nicolas Hulot lui-même.

17h45. J'arrive devant la station RER de Gif-sur-Yvette, et au terme du plus gros sprint de ouphzor de ma life, je l'accroche in extremis. Ma mission : récupérer des papiers à Bures-sur-Yvette, reprendre le RER, rentrer sagement. Y'en a pour une heure et quart à tout péter. Je descends à Bures-sur-Yvette, fais un gigantesque tour de pâté de maisons avant de me rappeler qu'il fallait descendre à La Hacquinière.
Dix minutes d'attente. La Hacquinière. Ah oui ! Foutrecul, je me souviens ! Et voilà la grande pente finale qu'il faut monter !
Trois kilomètres de dénivelé plus haut, je me rends compte que "ah non, je me suis gouré d'une rue". Ah oui mais pour passer dans la rue parallèle, faut faire encore le double de dénivelé.
Après avoir allègrement musclé mes petites cuisses et abondamment imbibé ma chemise d'un cocktail détonant "Phéromones + sueur", drainant par là même un tel courant de femmes admiratives que c'est à peine si j'avançais, (ce qu'on appelle la "traînée" en physique, dûe à l'air, ou "les traînées" sur le trottoir), je RÉCUPÉRAI LE PUTAIN DE PAPIER.

La Hacquinière. Cinq minutes d'attente. Ah non, je me suis gouré de côté, le boulet : neuf minutes. Correspondance à Bagneux : j'arrive sur la voie, seulement une minute d'attente.
"Train annulé." Veuillez accepter notre totale absence d'explications et d'excuses.

20h05 : à Cachan. J'aurais pu y être à cinq heures...

MAIS JE M'EN FOUS, J'AI LE PAPIER !!!! JE VAIS POUVOIR RÉCUPÉRER MES 330 EUROS DU CROUS !! MÉTAJOIE !

"Bilan de la manip, les enfants" : "ça n'fait rien... nous vivons un temps bien singulier".
Enfin, je rouspète, mais à la base si j'avais pas fait le con avec mon train et que j'avais vérifié l'adresse (pourtant, la maison-cible est située à Bures...), j'aurais pas perdu ces temps monumentaux. J'aurais pu les mettre à profit pour FAIRE RÉPARER TOUS MES PUTAINS D'APPAREILS QUI TOMBENT EN RADE. Ah oui, mon portable est déjà à moitié en panne, mais ça c'est pas nouveau.
Comme le veut l'immensité cinématographique des Nuls, comme le proposa ma petite frangine, je conclurai sur la réplique immortelle de George Abitbol passant de vie à trépas : "monde de merde".

Et vous savez quoi ? Tout le long de ce périple qui me valut de moult pas, j'avais aux panards, tel le loser de base, les grolles encore rutilantes de nouveauté qui me sont trop petites d'une taille. Outch.

MAIS

Mais j'ai quand même passé un super deuxième anniv' de chopage avec ma chérie, qui a tenté de me secourir de manière tout à fait remarquable. Merci mille et une fois.
Un grand merci aussi à Amandine, une sainte-kdeumi fauriélienne que j'hébergeasse, qui pour me remercier de l'accueillir m'avait préparé une petite entrée à base de rondelles de concombre, sur lesquels trônaient des tomates-cerises représentant un bonhomme content et un pas content - métaphore simple mais efficace de la journée.
Remerciements à ma ptite frangine, qui a bien voulu relire toussâ contre zéro fraise tagada, me fournir le "Gravity... Heartless bitch." et l'idée d'Abitbol.
Condoléances à certains personnages que j'ai quelque peu écorchés, c'est pour de rire, hein...
Bon, on sent que je fatigue sur la fin, tu m'étonnes.

S'il y avait parmi vous des braves entre les braves, sortes de guerriers barbares de l'obstination littéraire qui auraient tout lu, je vous salue bien bas, et vous en remercie humblement. J'espère que ce nouvel exploit vers les sommets de l'inutile et du racontage de vie vous aura au moins un peu creusé les rides du rire, et aplani celles du ronchonnement...
Et surtout, ça confirme une chose : j'adore qu'il m'arrive des trucs pourris, comme ça je peux me plaindre... le tout est de savoir le faire passer :o)

PS : réponse (cf billet précédent) : Parce qu'elle n'a pas de bras.




De Inutilibus Gavus (Védéhème 1/2)

Ce week-end, il m'est arrivé des tas de trucs. Et comme vous vous en foutez, j'ai décidé de raconter ça ici. Il va de soi que l'étalement de la prose vise principalement à susciter une jovialité chez le lecteur (l'hilarité, bienvenue, n'est pas nécessaire). Si vous n'avez que ça à foutre, déclamez, il y a certainement quelques passages marrants à l'oral.

On peut situer le début de tout ça au milieu de la journée du samedi. Oui, c'est là que s'inscrivirent les présages, les prémices, les prolégomènes de l'enchaînement impitoyable qui allait s'ensuivre.
Prends garde, ô lecteur : tu t'aventures dans les sinistres méandres d'une histoire qui, si elle est racontée avec un lyrisme débridé, n'en est pas moins entièrement vraie. Toutefois, cela n'implique aucunement que ce récit soit structuré, pensé à l'avance et encore moins source d'intérêt. C'est essentiellement un premier jet, et pas un jet privé. Tu es prévenu.

==PREMIÈRE PARTIE ==
Samedi aprème, doncques, ma mie et moi même mollissions en atermoiements matelatesques et somnolents, lorsqu'il fallut se mettre à déménager. Eh oui, deux semaines sans se voir, trois autres encor ensuite, et tout ce qu'on avait à foutre c'était de transbahuter des meubles de Marcy à Francheville.
Vaisselle. Paquetages. Descente. Chargeage. Voiturage. Bonjour belle-maman, bonjour beau-papa, ça va ? "Oui, oui". Bon, moi ça va aussi mais ça doit être écrit sur ma tronche puisqu'ils ne se sont enquis en rien du déroulement de ma vie ; ce qui est une des raisons pour laquelle je me venge en en dévidant l'interminable fuseau sous vos yeux (j'ai failli écrire "veaux" yeux, ça aurait claqué non ?) de canard ébaubi.

On débarque, on pose, on traîne, on s'attarde, la mère de Mathilde râle, le fils demande "Maman, pourquoi tu t'entends pas avec Gus ?" - obligé de rattraper le coup avec une blague de passage, j'enchaîne les vannes pour qu'on parte et qu'on tue la putain de vermine de chien galeux appartenant ma tendre aimée. Nous abandonnons du même coup trois heures de notre vie, et le susdit canidé.

Je passerai sur les quelques heures qui s'ensuivirent, fort agréables au demeurant, n'eussent été les légions insectoïdes venus tapisser le plafond, et que nous mîmes plus d'une demi-heure à réduire à la portion congrue en utilisant des stratagèmes de Lyonnais. Admettre cela, c'est dire à quelle extrémité nous en étions réduits. Mais enfin, j'ai dit que je racontais pas les épisodes croustillants, donc pour l'extrémité, passons derechef.

Enfin, se saoulant de sommeil dans les bras l'un de l'autre, nous goûtons à la saveur ineffable de l'endormissement. Et nous y goûtons d'autant plus de fois qu'une inépuisable escadrille de muscae domesticae vrombit sans relâche à nos oreilles (FRRRZZZZLZZZZLZLZLFFFRZFZLFZLZZFFRZLZZZZFLFLZFLBBLLLLLBRIANISINTHEKITCHENZZZZZZZZZZ), nous arrachant inlassablement aux tentacules de Morphée. Les présomptueux diptères n'eurent de cesse que de me faire haïr l'absence locale de boules quiès, dont j'ai ordinairement toujours une paire sur moi - en sus de celles dont me dota un développement embryonnaire plus que hasardeux.

Finalement, douze heures quarante cinq, l'orthoptère engeance a raison de ma volonté, et j'émerge définitivement à cette heure matinale. Piochant dans ma trousse de toilettes, j'y trouve une boîte de boules quiès neuves que j'avais soigneusement jointes à mon paquetage le vendredi même, en prévision d'un cas de figure similaire. La malepeste soit de ma non-cervelle.
Dès potron-minet (i.e. vers 15h30), nous nous mettons à l'ouvrage. Dévissage, démontage, déboîtage, empoignage, levage, descendage, calage dans le paquebot sur roues emprunté au géniteur de ma doülce.

Rebelote, arrivés à Francheville c'est la vasouille. On met quoi où ? Bla, bla. Tiens, Mathilde ma fille, t'es vraiment une empotée, t'as encore pourri ta voiture. Oh, t'as révisé que trois cents pages sur mille en trois jours ? C'est pas sérieux, Mathilde (j'invente presque rien !). On perd encore trois quarts d'heure à filer récupérer à Tassin une cuisinière, qui contrairement à ce que je me figurais, n'avait pas soixante-dix ans et des poignées d'amour, mais pesait autant de kilos pour une seule poignée ne permettant même pas le levage.
Nous récupérons au passage la calamité à bave, qui daigne nous faire le présent d'une crotte juste avant de monter en voiture, Simone. Etant dans l'agglomération lyonnaise et par conséquent à des lieues de toute civilisation, nous n'eûmes d'autre choix que de soutenir les subtils effluves que le sac à excréments - mal refermé - diffusait massivement, dans tout l'habitacle de notre véhicule.

De retour à Marcy, voilà que nous rebouchons les trous (épisode non scabreux car il s'agissait de ceux des murs) tout en forant ailleurs, afin de replaquer une tablette. Enéfé, ladite planche avait été solidement ancrée dans la muraille de placo 5mm à l'aide de puissants cure-dents, renforcés par du papier mâché malien à toute épreuve ; malgré ce, un léger coup de coude l'avait totalement arrachée. Vingt et une heures, le beau-père (fort sympathique au demeurant, et même aux demeurées, n'est-ce pas M*******) s'arrache, et nous laisse pour une folle dizaine de secondes d'intimité, nous enlaçant sauvagement à l'avant d'une voiture, audacieusement sanglés par nos ceintures, avec l'autre pourriture canine qui vient lui aussi mettre sa salive en commun.

Etourdis par tant de stupre platonique et de dépravation automobile, nous voilà voguant (terme usité dans le cas des routes péri-lyonnaises) vers la célèbre place de Gorge de Loup, connue notamment pour sa station de métro Gorge de Loup. Là, j'y prends le métropolitain (si on peut parler de métropole dans ce pays de sauvages), et j'ai le choix entre prendre le train à 22h à Part Dieu, ou 21h46 à Perrache. Ni une, ni deux, me voilà à Perrache, d'où je peux déjà apercevoir le scintillement des phares de mon TGV de 21h...42 s'éloigner. Echec. No way, je dois attendre le prochain, qui arrive à 1h à Paris.

Me voici coincé dans un wagon exigu, à côté d'une asiatique qui babille dans son émetteur d'ondes radio à kikoolol incorporé, et en face de deux jeunes blacks anglaises, à me creuser les méninges afin d'obtenir un plan de retour nocturne à Kchan, passée l'heure de fermeture des réseaux express régionaux. Il va de soi que pour ce faire, je dispose :
- de mon téléphone portable à la batterie quasiment épuisée (il me souvient alors cet instant fugace, où, prenant la tangente vendredi soir, je décidai in petto qu'exceptionnellement je n'emmènerais pas mon chargeur, car il  ne m'arriverait aucune galère.  TROISIÈME FOIS SEULEMENT EN CINQ ANS que je le prends pas. Argh.)
- un exemplaire de "Ma bite et mon couteau" daté de 1963, aux Éditions Quechua
- ma bite
- mon cout... euh, mes surins (là encore, je fonctionne par paires)
- de mon iPod qui FINIT DE MOURIR PENDANT LE VOYAGE. Aaaaaaargh.
- de mon nouveau MacBook, acheté après noyade de l'ancien, DONT LA BATTERIE A UN FOUTU DÉFAUT DE FABRICATION ARGH
- d'un excellent bouquin que j'ai fini JUSTE avant de monter dans le train. YAAAAAAARGL

Shit. Et là, le moulshot : voici que les deux britanniques étalent devant moi un grand plan des transports parisiens. w00t, me voilà sauvé, je vais pas perdre trois plombes sur place à m'orienter sur un vague plan indéchiffrable de la RATP, à la jaunâtre lueur des lampadaires faiblards qui ne daignent même pas nous offrir assez de photons pour entraver quoi que ce soit à la carte. Super, le 57 trace de gare de lyon à arcueil, plus cinq cents mètres à pied. Youpi, joie, bonheur, chaleur, chicco dou brazil, chihuahua vietnamien, etc.

Sauf que le 57 ne circule que le jour, et que les donzelles n'ont pas le plan des noctiliens. Bon. Faux moulshot. Faut quand même savoir que les lampadaires, c'est étudié pour avoir un spectre pas si mal que ça, hein. Finalement, c'est même super, les putains de lampadaires, à tel point que les chiens les adorent. Tiens, les chiens, ces créatures estimables.
Arrivé à Paris, me voici ratant avec brio le dernier métro 14 vers châtelet qui m'aurait permis de récupérer un bon noctilien facilement. Tiens, n'eût été le train qui est arrivé 10 minutes en retard, je l'aurais eu.
Quinze minutes pour trouver l'arrêt de bus (c'est vaste, Paris Gare de Lyon), je laisse passer le N01 trop plein. Et un putain de quart d'heure sans iPod ni lecture, c'est long. Pas encore aussi long que la suite...

Puis cinq minutes d'attente pour le N14, après hop je suis chez moi en 45 minutes. Ah, tiens, finalement le 2h10 ne passe pas. C'est pas plus mal, son horaire porte malheur en Ouzbékistan. Le 2h30 non plus, contrairement à ce que nous annoncent les chauffeurs successifs des autres lignes qui nous narguent de leurs superbes bolides, estampillés du prestigieux sigle RATP. Bah, les demi-heures piles, c'est extrêmement galvaudé. Laissons tomber.

2h45. Putain. 1h45 que j'suis à Paris, ma progression a atteint le chiffre fabuleusement minable de deux millions de millimètres. Mon duodénum le dispute à mon iléon pour me signifier que bordel, douze heures de jeûne c'est pas des conditions de travail, merde. Je fustige ces deux malappris avec superbe, en exhibant des photos d'américains obèses et de somaliens tout maigres - l'arsenal du parfait bien-pensant - en les morigénant sur les méfaits d'une vie de Mc Do dissolue. "Le somalien a de la chance", précisé-je, "parce que ses maladies chroniques lui font garder la ligne. Mais faites attention, vous n'aurez pas toujours la chance d'avoir une diarrhée ou un ver intestinal pour effacer vos excès, petits gourmands que vous êtes".

3h30. À Cachan. Finalement, un taxi m'a taxé cent balles.

(la suite... dans le billet suivant.)

PS : Blague "humour noir", offerte par Maryline, qui m'a particulièrement mis en joie :
Pourquoi la petite fille est tombée de la balançoire ?

(la suite... dans le PS du billet suivant.)


5/11/2009

Les (petites) choses de la vie...

Bonsoir,

Encore un billet inutile. Pour vous parler de ces petites choses étranges qui nous arrivent. Ce billet sera peut-être complété, parce qu'il n'y a pas grand'chose à y mettre.

Une petite citation liminaire :
"NK: bah c comme l'autre jour je dépasse une pigeot 206 et mon compteur journalier passe en même temps a 206 kms
NK: je ne supporte pas de ne pas comprendre les signes que m'envoient une puissance surnaturelle"

Aujourd'hui, dans un de ces accès de non-inventivité qui me pousse régulièrement à oser la platitude la plus éhontée dans la référence culturelle, je modifiai mes pseudos MSN comme suit :
"Gavüs - Atchoum !"
"Mais aussi en mode Prof, Dormeur, Simplet, Timide, Grincheux ET Joyeux..."
C'est stupide. Et alors, tant que c'est vrai, on ne peut pas taxer la réalité de stupidité. Pas plus que "la vie est injuste" n'a de sens. Bref...
Et là, dans l'unique fenêtre de conversation MSN que j'ouvre (avec un ami et néanmoins lyonnais, matheux, qui m'a expliqué comment deux droites parallèles se croisent, avec force équivalences et projections entre 2 et 3h du mat... comment ça "this is sick" ?), il y a la petite pub en bas à gauche.
Vous savez, ces slogans de réclame lapidaires qui vous expédient dans la face un condensé de l'inanité de la consommation à outrance... et l'incroyable absurdité de leur ton enjoué :
- "Britney : 83,1 de QI. Desproges : 130. Et vous ?"
- "Tokio Hotel : J'ai pissé sur ma peluche" sur ton portable !"
- "Télécharge vite la dernière sonnerie : PeuhRaDuNeufTrois et Magic System, "Je t'ai rencontrée au FuckingBlueBoy, stro gaou koi"

Eh bien là, il y avait marqué : "Logo 7 nains OFFERT : Grincheux, simplet, prof choisis ton nain !"
Outre le mépris de toute logique majuscule et l'oubli disgracieux d'une virgule par là désespérée, soit j'ai fumé (ce qui est possible, après tout je ne sais pas ce que je fais quand je prends de l'héro), soit j'ai trouvé la preuve sous mes yeux ébaubis que MSN se sert de vos informations personnelles pour vous envoyer de la pub' personnalisée.
Magnifique hein ? Je n'ai pas poussé le vice jusqu'à vérifier, mais essayez de mettre le nom d'une marque partenaire de MSN dans votre pseudo... ou hypo-pseudo... juste pour rire. Juste pour faire croire à ces bouffons que leur propagande cible correctement les gens. Pour être le petit biais dans leurs statistiques. Le petit biais dont jamais personne ne s'apercevra, et c'est ce qui finit toujours par foutre la merde dans le monde carré des scienteux.


Autre exemple de micro-événement.
Depuis trois semaines, je me baladais avec une pièce de 1 penny en poche, dont la présence largement improbable à Kchan avait fait que je l'avais ramassée et gardée. Après d'une lessive particulièrement pleine de bruit et de fureur (c'est à dire qu'il ne s'est rien passé pendant soixante minutes, fors la chute d'un mégot du trottoir jouxtant le commerce), je retire mes guenilles humides de la machiiiine. Je manquai louper le petit éclat argenté qui, luisant au fond du tambour, attira mon attention d'une manière des plus tape-à-l'oeil.
"Tiens, ma pièce de 1 penny", dis-je en surpassant du même coup Corneille par mon sens du drame, et Hercule Poirot par ma puissance déductive.
Effectivement, il y avait Elizabeth II dessus. Mais non, il s'agissait d'une autre que la mienne.
Quelle était la probabilité pour que je trouve deux pièces de 1 penny, à Kchan et Arcueil (suffisamment loin pour ne pas provenir de la même personne), à trois semaines d'intervalle, et surtout... Quelle était la probabilité pour que je trouve la deuxième dans le seul endroit où je pouvais m'attendre à trouver la première ?
On s'en fout totalement, et cette anecdote parfaitement authentique n'a d'autre intérêt que de m'avoir fourni un contrepet de bas étage.
"Je préfère encore avoir deux pence plutôt que le penny." Ce qui paraît logique.
"Je préfère encore avoir deux pénis plutôt que Le Pen."

Implacable hasard.

Vous êtes atterrés, je vais donc m'arrêter. J'espère que quelques-uns d'entre vous sauront savourer ce billet en tant que l'hymne à la gloire de l'Inutile...

Güs

4/10/2009

G20 de Londres : peut mieux faire [avec Clément]

Voici un courriel que Clément m'a envoyé suite à l'article Pétage de Plombs IV. Il reprend certaines questions, et est notamment centré sur ce qui est sorti du G20 à Londres, début avril.
J'ai intercalé quelques éléments de réponse, personnels et je l'espère sans prétention (en bleu sombre).
Clément m'a donné son accord pour publier ici, et je le remercie de s'être intéressé à ce sujet dont tout le monde se fout.
Bonne lecture.


Le 4 avr. 09 à 00:13, Clement ******** a écrit :

Je prends la "plume" ce soir pour connaître quelque peu ton point de vue sur ce qui se passe actuellement à l'échelle mondiale : je parle bien sûr des conclusions du G20. j'ai épluché pas mal d'articles pour tenter de comprendre quelles décisions avaient été prises, et j'avoue que soit je n'y comprends rien, ce qui ne m'étonnerait guère, puisque malgré un bac éco et un intérêt certain pour cette "discipline", des tas de choses sur l'économie mondiale, ses rouages et ses entourloupettes, m'échappent ; soit je ne comprends mais alors rien du tout. soit ils nous prennent VRAIMENT pour des cons.

Les deux, mon capitaine. Pour le "ils comprennent rien", c'est détaillé dans mon Pétage de plombs IV. Pour le "ils nous prennent vraiment pour des cons", je vais essayer d'être plus clair (my point of view, again, humble etc, etc)

Je lis régulièrement tes articles et réagis à chaque fois que tu parles éco ou prospective : c'est très intéressant, et si tu le souhaites, j'aurais quand même quelques remarques à faire... on verra ça ultérieurement.
en revanche, concernant ce fameux G20, si je ne me trompe pas, d'après mes sources :
-injection de plus d'un milliard de dollars dans les économies mondialisées (youpi)

Mille milliards. mille cent, même. C'est une agrégation de chiffres d'économies à venir, de garanties bancaires, de prises de participation de l'Etat dans les entreprises, bref c'est un "tas" de choses sans rapport, dont certaines ont déjà été annoncées auparavant. Il ne s'agit pas de 1100 milliards de dollars d'argent "frais" (Ah ah ah à part en vendant le chapeau de Geneviève de Fontenay personne ne dispose d'une telle somme à investir), mais plutôt d'un "tas", disais-je, destiné à faire un effet d'annonce salué d'ailleurs par Wall Street (joli rebond le soir même).
De tels effets "poudre aux yeux" (pas que, certes, mais beon) servent d'électrochocs pour tenter d'arrêter la chute libre. Parce que relancer la croissance on n'y est pas encore (not before fin 2010), et de toutes façons ces notes de clairon ça sert à rien qu'à interrompre pour 24 heures le plongeon des marchés (dis-je en caricaturant si peu que j'en pleurerais).


-augmentation du budget du FMI
Il s'agit d'une d'émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) pour 250 milliards de dollars, ainsi que d'une dotation de 500 milliards de vrai argent. DTS, keskecé ? C'est la "monnaie" du FMI, une sorte d'alliage fait en dollars/euros/yens/etc, qui lui sert d'unité de compte. En fait, 250 milliards de DTS ça veut dire on fait tourner la planche à billets, ça veut dire on crée BEAUCOUP d'argent ex nihilo. Outre que c'est pas très propre, ça risquerait de relancer rapidement l'inflation. On serait pas dans la merde avec 4 ou 5 % d'inflation et une croissance nulle, tiens...


-refonte d'institutions économiques déterminantes (parce qu'elles ne font rien pour changer les choses) : réflexion sur les modes d'intervention et sur les moyens financiers de la banque mondiale et du FMI. pour 2011, donc ça traîne.
Euh oui. Là je sais pas trop, j'avoue. Je sais qu'apparemment la règle tacite qui réservait la BM aux USA et le FMI à l'Europe sera abandonnée (on y croit). Apparemment, il devrait également y avoir des "comités de surveillance de l'économie", dont le rôle sera d'empêcher le gonflement des bulles. Mais bien sûr, vous allez dire aux banquiers "arrêtez de prendre l'argent à la pelle qu'il y a à vos pieds, sinon dans cinq ans vous pourriez perdre quelques pour cents de votre tune !" Qu'est-ce que vous allez faire, si jamais vous arriviez - ô miracle - à prévoir une bulle ? Faudrait pouvoir en convaincre les pires sourds : ceux que dévore l'appât du gain. Et puis faudrait savoir quoi faire, en fait, tout court.
Sans pouvoir de législation et sans autorité capable d'imposer des lois, sans gouvernance mondiale, il n'y aura point de salut.
J'insiste sur le fait que le G20 est certes un embryon de gouvernance mondiale, mais :
1) il n'a aucune légitimité
2) il "bouffe" l'ONU, qui elle représente tous les peuples (y compris les pauvres !)
3) il n'a pas de secrétaire permanent, pas d'administration, pas de comités... bref rien d'assimilable à un gouvernenent.


-des principes exigeants concernant la rémunération des banquiers : en gros rien n'est fait, c'est en discussion...
Sais pas.

 
-liste des paradis fiscaux : les très méchants, et les méchants.
Les très méchants, il y en a quatre. Pour faire simple, pour être considéré comme "gentil", il faut avoir signé des conventions d'échange d'informations bancaires avec les services de police (oui, je simplifie et je vous emmerde mon petit vieux) de douze autre pays. Les quatre pays susdits n'ont fait aucun effort en ce sens, et vont ainsi attirer les capitaux. Il paraît que s'ils continuent ils seront "sanctionnés". Ouh, ça fait peur, surtout que les investisseurs vont y accourir, dans ces "derniers" paradis fiscaux...
Les méchants, il y en a une trentaine, c'est les pays qui "font des efforts".
Mais signer des putains de conventions, c'est utile uniquement une fois que le mal est fait (enquête). C'est peu rédhibitoire, et de toutes façons, il y aura toujours des endroits où la fiscalité sera plus basse que des couilles de caribou moine, et qu'il y aura toujours des systèmes de sociétés-écrans pour cacher les maisons-mères.

-de beaux principes de principe.
Oui alors oui, mais pas que. Il y a notamment au programme :
    - l'augmentation des fonds propres des banques. Genre, tu pourras plus prêter des milliards avec seulement quelques kopecks dans ta caisse. La mesure est insuffisante, mais c'est un bon premier pas.
    - la réforme des normes de comptabilité. Avant, quand une entreprise faisait son bilan, elle prenait en compte ses actions qu'ont monté, ses actions qu'ont baissé, et elle disait "voilà, on a gagné/losé tant d'argent ce trimestre". À partir de ce résultat, les agences de notation disaient "hum hum, on va noter votre entreprise/état AAA ou CCC, parce qu'elle est géniale/que c'est le Titanic." Maintenant, il est possible de mettre certains produits financiers complexes (suivez mon regard...) "hors bilan". Oui, vous avez compris ! On ne les compte pas dans la valeur de l'entreprise. Comme ça, on ne s'emmerde pas si on a des baisses d'actions (ou "dépréciations d'actifs"), la note de l'entreprise ne baisse pas, et bim les gens continuent à acheter votre entreprise alors qu'elle est en train de couler. No comment.
Eh ben les gens viennent de comprendre qu'il fallait arrêter les frais, et que cette réglementation complètement sortie d'un Lewis Carroll n'était pas soutenable (ils ont un Bac + combien pour trouver ça ?). Bref, là encore, y'a un peu de progrès.
    - Par contre, comme beau principe magique : "les agences de notation seront soumises à un code de bonne conduite" AHAHAHAHA j'invente rien (argent.canoe.com), code de bonne conduite mon cul, l'objectif c'est de bien noter les entreprises qui te paient bien, pas de noter la vraie santé des entreprises... ça va pas non... En plus, pour une agence de notation, noter correctement ça signifie changer ses évaluations de temps en temps. C'est mauvais pour l'image, ça donne l'impression qu'on sait mal évaluer. Je m'esclaffe.
    - Etc, etc, j'en oublie hélas...
    - Et surtout, rien de concret pour les populations actuellement en souffrance.


--> si je réfléchis (j'essaie depuis qq années), il y a des tunes, on en met où on veut, et concernant la fameuse régulation financière de l'économie, j'attends toujours... personnellement, je ne vois pas, dans ces mesures, où se trouve la régulation. Quant à faire la liste des paradis fiscaux, merci, certains géographes l'ont faite depuis environ 20 ans, donc c'est du vent tout ça. rien n'a été fait. et "lever le secret bancaire", il faudrait qu'on m'explique ce que ça signifie.
+1. Voir ci-dessus. Note toutefois que l'acceptation d'une liste commune des paradis fiscaux relève de l'exploit... à part que Hong Kong et Macao n'y figureront pas, alors qu'ils devraient. Etonnant, non ?
m'enfin.
 
--> à mon avis, la croissance repartira, dans un mois, un an, 10 ans, peu importe. heureusement, et c'est un point que tu ne soulèves pas assez je trouve (mais ce n'est pas un reproche, c'est un constat plus émotif), les populations n'ont pas un bonheur cyclique, et ne sont pas heureuses que lorsque l'économie va mieux,
Euuh oui. Heureusement, en effet, mais dans les pays développés, ça augmente la précarité et la pression sur les employés (y'en a douze qui veulent bosser à ta place), et je suis persuadé que c'est destructeur. Mais surtout, dans les pays pauvres, l'absence/la faiblesse de la croissance plongera des millions de personnes dans la misère, et en fera crever des centaines de milliers. Une fois qu'on est mort, tu me diras, on prend les crises avec plus de recul. Tout ça pour dire qu'une économie bien portante est pour moi la condition sine qua non de l'expansion du bonheur. Attention, pour moi une économie bien portante n'est pas finance tournant à plein tubes, croissance à base de pétrole et consumérisme à outrance ; mais plutôt progrès social, réduction de la misère, invention d'un projet de société (qu'il faut bien financer...).
Un petit chiffre à citer : 50 % de gens heureux en France, 66% au Bangladesh (pays très pauvre et cumulant les calamités). No comment.

car lorsqu'on dit que l'économie va mieux, c'est qu'en gros les salaires augmentent d'environ 5-10%, et que les salaires des entrepreneurs / la production mondiale augmentent au quintuple... donc peu importe la croissance à la limite.
Ah ah. Non, c'est juste indispensable pour les pauvres que je viens de citer. Pour financer les États. Pour que l'inflation ne lamine pas le pouvoir d'achat. Et c'est ce qui m'emmerde : dans l'état actuel des choses, on ne sait pas (les états ne savent pas) se passer de la croissance - alors que je suis persuadé que c'est la voie à suivre : décroissance, on arrête de vivre au-dessus des moyens de notre planète.
Admettons toutefois que "peu importe la croissance, on arrivera à avancer quand même dans notre projet de société". Bon. D'accord.


 
--> plus grave : pour avoir fait un peu d'histoire, je sais que les inégalités étaient auparavant acceptées : elles ne le sont plus officiellement, donc on affirme que tout va bien, que tout le monde est content, qu'Obama va sauver le monde... nous ne sommes pas dans des sociétés démocratiques, encore moins tendant à l'égalité : nous sommes dans des ensembles plus ou moins flous, d'Etats qui n'existent que parce qu'ils punissent leur population si elles sifflent la Marseillaise (parce que bon, y faut une cohésion sociale que diantre), dans des ensembles je disais, de groupements géopolo-golfo-copino-financiéro- politiques, qui au nom de la démocratie et de l'égalité, prennent des décisions économiques, auxquelles personne, ni même les dirigeants, ne maîtrisent les tenants et les aboutissants. c'est le monde aujourd'hui : mondialisation financière, que l'on veut aussi généraliser à l'économie, qui n'est pas si culturelle qu'on l'affiche, encore moins cosmopolite : le monde tel que je le ressens est un monde qui est jeune, qui vient de prendre conscience de son immensité et de sa cohésion sur le plan de la distance: on peut le parcourir aisément, rencontrer n'importe qui en quelques heures de vol, croire discuter et découvrir d'autres civilisations en un simple clic... nous avons encore un langage d'hier pour décrire ce qui nous tombe sur la gueule : l'économie n'en est que la façade la plus criante. les hommes peuvent-ils, avec un entendement humain, être conscients et capables de prendre les bonnes décisions pour l'ensemble de leur con-citoyens ?
Je ne peux qu'acquiescer et adhérer tout à fait. J'aime beaucoup ton analyse de "l'Homme-dieu paumé dans le monde, sa Création à lui, qui le dépasse et l'écrase." C'est ce que j'aurais voulu dire si j'avais un cerveau =)


sais pas. toujours est-il qu'économiquement, je ne vois pas de solution. peut-être est-ce le lot de notre époque, ou de chaque époque : ne jamais savoir où on en est, où on va. mais peut-être plus aujourd'hui : les présidents ne sont plus considérés comme sacrés par les rois, les hommes pensent sécurité, profit, environnement, alors qu'ils ne connaissent pas leur voisin de palier... on en est là aujourd'hui. le monde a gagné en contradictions, en complexité. Est-ce pour autant critiquable ? que faut-il pointer du doigt ? qu'est-ce qui est dénonçable ? les inégalités ? l'hypocrisie des Obama et Sarko ?
Ô la vidéo de Sarko se la jouant "j'ai sauvé le monde", c'est navrant de suffisance et de naïveté.


la présence de leur femme au G 20 ? j'avoue que je ne sais pas. je ne me prétends pas intellectuel, et pourtant en te lisant, j'ai du mal à savoir si toi, qui je le crois, en est un, sait bien sur quel sujet il faut taper...
Moi, un intellectuel ? Merde, le niveau est si bas que ça dans notre beau pays ? En même temps, y'a qu'à comparer les tirages de "Paris Match" et ceux du Monde Diplomatique...

pardon pour les disgressions et le manque de clarté... il est tard, je suis en vacances, et à l'affût de la moindre de tes réponses ou le moindre billet blogué...
Es-tu misanthrope ? j'ai du mal à ne pas le constater lorsque je te lis...
Nan. C'est juste que j'écris quand je suis dans un état de tension fort, et que ces derniers temps ne sont pas au beau fixe. Outre cela, si tu lis bien, ma haine se dirige contre un des défauts de l'humanité (duquel résulte l'existence et le comportement de la fraction d'humains que je critique, bien au chaud dans mes pantoufles) et non contre l'ensemble de mes glandus de semblables dans son ensemble.
L'humanité me fait plus de la peine qu'elle ne m'inspire de haine, et surtout, elle me fascine.


pour finir, une petite touche humoristique qui prend 20 minutes de ton temps, mais qui n'est pas si conne que ça je trouve : ça met le doigt sur certaines idées intéressantes : http://www.south-park.me/margaritaville-episode-1303/#more-668
 "It's kickass !"

Voilà, ça se termine.
Surtout, n'oubliez pas que la Bretagne possède des ressources que l'on ne soupçonne même pas !

Güs



4/1/2009

Pétage de plombs V - Bulle de rien

Encore un pétage de plombs nocturne. Encore écrit d'une traite, donc bancal et pas assez inspiré. Ça part dans tous les sens, ça pose des trucs incompréhensibles sans rien détailler. Si vous avez des questions (ah ah, et puis de la coke aussi), posez-les, je développerai.
"Vous" ? Voilà que je vouvoie mon unique lecteur... Assez parlé.



Bulle de rien.

Comment on fait déjà pour penser ? Comment se souvient-on de ce qu'est un homme ? Quand le dernier veilleur s'endort, quand les derniers poings rageurs levés sont emportés par la tourmente. Quand lutter toute sa vie contre le cours des choses revient à reconnaître qu'on est impuissant.

Quand il n'est plus possible de prendre du temps pour soi et pour les autres, quand on est broyé par les structures indispensables à notre survie, quand on a oublié ce qui fait de nous l'éminence la plus torturée, fragile, glorieuse, fondamentalement incomplète de la matière.

Torturée, car nos contradictions nous font perdre toute notre vie dans l'inextricablilité de nos problèmes sociaux, quotidien après quotidien. Comment vit-on en société quand l'élan vital de l'homme, celui qui justement a permis son accession au statut d'Humain depuis l'animal, est le désir du confort personnel et de l'accumulation insatiable ? Comment crée-t-on un monde respectueux de toutes les cultures, alors que nous sommes incapables de comprendre ce qu'est l'Autre ? Comment construire malgré l'incommunicabilité des pensées, malgré la carence terrible des mots - terrible par ses conséquences ?

Fragile, parce que nous sommes une bulle de rien, qui hier encore n'existait pas - et demain ? -, qui occupe quelques mètres de hauteur à la surface d'une gigantesque planète, écrasée par un ciel si vaste... Ciel qui ne fait même pas l'humilité de notre race. S'élever jusqu'aux étoiles, conquérir l'Univers, explorer la pensée jusqu'à trouver ce qu'il y a après, oui ! Quoi, sinon ? Mais pas avec notre arrogance, l'infinie suffisance de l'homme qui se croit au-dessus de la matière, avant que le sourire carnassier de la Mort ne vienne lui rappeler qu'au moindre incident, l'existence qu'il mène avec tant de morgue est balayée par des forces qui le dépassent. Forces aveugles, si tyranniques que nous prions encore, car accepter qu'il n'y a rien est trop difficile. Accepter que la mort soit une dissolution définitive dans le néant, que personne ne nous a créés, que nous n'avons aucun but. Nous sommes nés, c'est ainsi, on s'habitue ou on en crève. Notre pire cauchemar, ce qui nous bouffe, c'est que nous sommes là.

Glorieuse, parce que malgré le rire cynique de la Mort, reste notre plus grande force : nous sommes là. C'est impossible ! Sans aller jusqu'à "je pense donc je suis", qui présuppose finalement pas mal de choses (comme le disait l'ami Friedrich), il existe quelque chose. Le fait qu'il y ait quelque chose depuis toute éternité (une métrique faite de dimensions réelles, spatiales et temporelles, complexes et à oscillations périodiques... par exemple) n'est pas plus imaginable ou compréhensible que l'apparition spontanée d'une métrique d'espace-temps contenant de l'énergie, à partir d'un néant sans espace (donc où il ne peut rien apparaître) et sans temps (donc qui ne peut évoluer). L'existence de quelque chose apparaît si fabuleusement inconcevable, si incroyable même alors que son évidence nous submerge !
L'ajustement des constantes de l'Univers permettant à la matière de prendre des formes complexes est extrêmement fin. La probabilité d'émergence de la vie est pour ainsi dire nulle. Une fois qu'elle eut apparu, il était évident que la sélection naturelle allait finir, tôt ou tard, par favoriser des entités capables de prendre en compte leur environnement et de tirer parti de ces capacités ; et partant, la vie pouvait facilement - mais pas nécessairement - aboutir à l'intelligence. Et à la conscience, qui permet de se structurer en société infiniment plus résistante à la sélection naturelle que l'individu.
Mais l'enchaînement d'événements impossibles ou inconcevables (dont, s'ils n'avaient pas eu lieu, nous ne serions pas là pour parler) qui a permis notre apparition nous prive de lucidité face à notre existence. La gloire de l'humanité réside en sa capacité à s'accrocher à la vie, mais pas par instinct de conservation, contrairement à l'immense majorité de nos semblables : plutôt par une sorte de détermination rageuse à rester debout et à avancer, quitte à devoir inventer ce que signifie avancer.

Fondamentalement incomplète, parce que nous ne savons pas nous contenter d'être tels que nous sommes. Et nous ne le pouvons pas. Tous les systèmes sociaux ayant existé à ce jour écrasent l'homme, que ce soit sous une botte militaire, la soif de pouvoir (volonté de puissance ?), un joug idéologique prétexte à un Homme Nouveau réalisable par marche forcée, ou une avalanche de consommables rendus indispensables par le tarissement lui aussi forcé de toute autre source d'intérêt. Crever de faim, d'envie, la bouche ensanglantée par les coups de tatane, ou être posé à deux mois devant la télé pour bébés, il y a des choix plus enivrants...
Tous ces systèmes rendent compte de notre échec monumental, celui de dépasser un instant notre nature, celle de milliards d'éclats d'êtres, d'individus, de cerveaux isolés.

Espace-temps, matière, vie, organisme, pensée, conscience... Et avant ? Et surtout, après ?

Nous n'avons d'autre choix que de devenir nos propres dieux : faute de raison à notre présence, de sens "spontané" à la vie, de chemin à suivre, nous devrons prendre un jour les commandes du vaisseau aveugle dans lequel nous sommes. Contre l'absence d'explication, nous existerons. Nous dépasserons l'incommunicabilité, ou nous noierons dans le verre d'eau philosophique où nous barbotons.

Si immenses que nous sommes appelés à devenir, si un jour ce devenir se muait en réalité, nous ne devrons jamais oublier notre incommensurable insignifiance, et le constat précédent : nous sommes nés, c'est ainsi, on s'y habitue ou on en crève.




 
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